Les limites de l’autodiscipline : l’entre-soi, un risque bien réel
Le Conseil de l’Ordre est-il un juge impartial, ou le miroir d’un entre-soi corporatiste ?
C’est l’un des reproches majeurs adressés de longue date au système ordinal français : si la régulation par les pairs garantit une certaine compréhension contextuelle, elle favorise, dans certains cas, l’atténuation, la minimisation, ou la “protection” de collègues fautifs.
En 2011, le rapport P. Costedoat (IGAS) soulignait déjà que seuls 10 % des manquements portés à la connaissance des Conseils donnaient lieu à une procédure disciplinaire aboutie. Le reste ? Classé, oublié, ou géré de manière informelle.
Cette dynamique, paradoxalement, protège aussi les soignants contre les procédures abusives ou instrumentalisées — des plaintes infondées existent. Mais la conséquence, c’est un sentiment d’impunité, tant chez certains praticiens “protégés”, que de découragement chez les plaignants et les victimes.
“Quand j’ai saisi l’Ordre après une attitude maltraitante lors d’un accouchement, analyse une patiente interviewée par Libération en 2023, j’ai eu l’impression d’être jugée… pas entendue.” Ce témoignage rejoint celui de nombreux patients et professionnels.