Panorama des méthodes actuelles : forces et limites
Le cours : indispensable, mais insuffisant
Dans la majorité des facultés françaises, l’éthique médicale trouve une place officielle – parfois un module, parfois même un département. Mais dans la réalité, le temps consacré à cette discipline demeure modeste : selon la Conférence des doyens des facultés de médecine (2018), moins de 30 heures, en moyenne, au cours du cursus. Ces cours sont utiles : ils donnent un cadre, rappellent la loi (loi Kouchner, Loi Claeys-Leonetti…), revisitent les grands principes (autonomie, bienfaisance, non-malfaisance, justice). Mais ils échouent souvent à susciter l’intérêt des étudiants, noyés sous la masse des connaissances à acquérir. Beaucoup témoignent n’en retenir que des souvenirs diffus, des définitions peu incarnées.
Le terrain comme espace d’apprentissage éthique
C’est à l’hôpital, au cabinet, au domicile, que la plupart d’entre nous avons appris la réalité de l’éthique. Un patient alcoolique qu’on hésite à réanimer en salle d’urgence, une famille divisée devant un malade inconscient, l’annonce d’une maladie incurable… Ces situations révèlent ce que l’enseignement magistral laisse de côté : le sentiment de responsabilité, la confrontation à l’impuissance, le rôle du collectif.
Certaines facultés ont développé des dispositifs innovants pour rapprocher l’éthique de la pratique :
- l’analyse de cas cliniques, en petit groupe, animée par des cliniciens-formateurs ;
- les ateliers de simulation, où l’on met en scène des dilemmes pour apprendre à y faire face ;
- l’inclusion des patients-experts dans les comités d’éthique locaux, pour offrir la voix de ceux qui vivent le soin.
Le CHU de Nantes ou la faculté de médecine de Strasbourg ont d’ailleurs publié des retours d’expérience montrant que ce type de pédagogie active favorise la prise de recul et la réflexion critique (source : Revue médicale suisse, 2021).
Le tutorat et la supervision : vivre et interroger ses choix
Rien ne remplace l’échange entre générations de soignants. Les dispositifs de tutorat, d’analyse de pratique en équipe, les réunions de staff où l’on partage ses hésitations, ses doutes, ses questionnements, sont précieux pour transmettre non pas « une » éthique, mais un devoir de questionnement. Trop souvent, le manque de temps, la surcharge structurelle rendent ces espaces rares, voire exceptionnels.
L’éthique, une compétence à évaluer ?
Peut-on « noter » l’éthique ? La question, régulièrement débattue, n’est pas tranchée. La France, contrairement à certains pays anglo-saxons, n’évalue pas formellement la dimension éthique lors des concours ou des stages. Quelques initiatives émergent cependant : le département de médecine générale de Montpellier a ainsi mis en place un oral d’analyse de cas éthique à l’entrée de l’internat. Les détracteurs alertent : l’éthique doit-elle être sanctionnée par une note ? N’est-ce pas la dévoyer ?