Prendre le temps, c’est soigner : une évidence menacée
Dans nos consultations quotidiennes, qu’elles se déroulent à Mulhouse ou à Marsac-sur-l’Isle, l’un des premiers leviers d’un soin de qualité reste, envers et contre tout, le temps. Ce temps qui permet d’écouter, d’expliquer, d’examiner, d’accueillir l’imprévu. Ce temps qui constitue l’essence même de la relation médicale. La liberté de le distribuer n’est ni un luxe ni un caprice : c’est la matrice de notre engagement.
Pourtant, depuis plusieurs années, des forces contraires érodent ce socle. La multiplication des protocoles standardisés, l’irruption des contraintes administratives, la logique du “parcours patient” formaté, la pression à “faire tourner” de plus en plus vite les files d’attente : tout concourt à transformer le temps médical en marchandise rare, à optimiser plutôt qu’à humaniser.
Dans un article publié en début d’année (Le Monde), une généraliste de l’Yonne résumait cet état d’urgence permanent : “On ne soigne pas en dix minutes. Parfois, il faut une demi-heure, parfois plus. Si on me force à choisir entre la quantité et la qualité, je choisis la qualité, même si ça me coûte.”
Pourquoi défendre la liberté de gérer notre agenda, parfois perçue comme un privilège, est-il au fond si décisif pour la qualité des soins ? C’est à cette question qu’il faut, collectivement, apporter des éléments de réponse, loin des slogans et des idées reçues.