L’injonction du bon usage : jusqu’où va la légitimité de la contrainte ?
« L’immense majorité des médecins prescrit en conscience, pas par routine. Mais la norme s’est substituée à la confiance », résume une consœur généraliste exerçant en périphérie d'une grande agglomération. Avec l’essor des « bonnes pratiques », la définition du « raisonnable » est souvent pensée de haut – l’administration, les autorités scientifiques – alors que le terrain reste, lui, complexe, nuancé, hors-norme.
Prenons l’exemple des statines, régulièrement prescrites pour prévenir les maladies cardiovasculaires. En France, plus de 6 millions de personnes reçoivent une statine chaque année[3]. Recommandées à certains profils, ces molécules font pourtant l’objet de polémiques, certains patients n’entrant pas parfaitement dans les critères stricts des guidelines mais présentant des facteurs de risque multiples – âge avancé, antécédents familiaux, mode de vie. Quid du praticien contraint par les référentiels, mais interpellé par l’histoire singulière de son patient ?
Autre exemple frappant : la prescription hors AMM dans les maladies rares. Selon l’INSERM, près de 12 % des ordonnances de médicaments pédiatriques sont réalisées hors AMM[4], car le médicament validé n’existe pas dans cette indication ou ce dosage. Ici, le professionnel est confronté à la nécessité d’adapter, tout en restant dans les limites du droit, sous la surveillance du système.