Introduction : Entre garanties de qualité et menaces sur l’essence du soin
Nous vivons dans un monde où l’appel à la standardisation irrigue désormais chaque recoin du soin. Assistants conversationnels prônant « les bonnes pratiques », dossiers partagés porteurs de grilles d’évaluation, protocoles de tel ou tel collège – la médecine moderne semble, à première vue, y trouver son compte : sécurité, efficacité, réduction des écarts et modèle de pilotage pour la santé publique. Les bénéfices d’une certaine uniformisation des prises en charge sont indéniables ; les mouvements vers l’Evidence Based Medicine, la HAS ou la Haute Autorité de Santé, ainsi que les recommandations internationales, ont permis d’élever un niveau d’exigence commun, de limiter les dérives subjectives et de renforcer l’équité au sein du système (source : HAS, 2022).
Mais à force d’ériger la règle, la recommandation, l’algorithme, en horizon unique du soin, s’immisce une autre logique : celle de la médecine administrée, qui parfois, en neutralisant la pensée du soignant, semble menacer la promesse du soin personnalisé. C’est de ce glissement – et de ses conséquences concrètes – que nous souhaitons témoigner ici, à plusieurs voix, parce qu’il ne s’agit ni de refuser la science, ni de sacraliser l’arbitraire, mais de défendre, données en main, une exigence : la liberté clinique comme socle de la qualité du soin.