Des tâches qui envahissent : de l’acte clinique à la gestion
“La médecine, ce n’est pas des cases à cocher mais des vies à écouter.” Cette citation issue d’un échange en salle de garde résume l’un des dilemmes les plus aigus du quotidien des soignants libéraux : le déferlement des tâches administratives et numériques. L’essor des obligations déclaratives, des formulaires électroniques, mais aussi des multiples plateformes, applications et logiciels supposés “faciliter” la prise en charge, modèle silencieusement la relation au soin.
Le phénomène n’est pas marginal mais massif : selon une enquête menée par l’USPO et l’UNAPL en 2023, près de 2h30 sont consacrées chaque jour par un professionnel de santé libéral aux seules obligations administratives (USPO, Baromètre 2023). Deux heures trente qui ne sont ni du temps médical, ni du temps d’accompagnement, mais du temps de saisie, de vérification, de gestion d’identifiants et d’interfaces.
Si nous avons accepté depuis longtemps la nécessité d’un minimum de traçabilité, la réalité actuelle donne parfois le vertige. Entre les Contrats Territoriaux de Santé, les Dispositifs Simplifiés, les demandes d’accords préalables, les téléservices de l’Assurance Maladie, la facturation à l’acte, la ROSP, la gestion des dossiers informatisés, sans oublier la multiplication des codes et authentifications (“Pro Santé Connect”, “PSS”, “Identifiant National de Santé”…) : l’impression de “soigner des logiciels” n’a jamais été aussi prégnante.