Toile de fond éthique et sociétale : pourquoi la responsabilité partagée n’est pas un luxe
Derrière l’enjeu organisationnel, c’est l’éthique même du soin qui se joue. Les sociétés médicales, économiques, médiatiques, attendent de nous que « quelqu’un » prenne la responsabilité. Dans notre monde, la tentation de l’imputation ou du retrait est grande. Or, s’inquiéter ensemble, anticiper, croiser les regards pour mieux soigner, ce n’est pas se protéger. C’est donner chair à cette phrase de Jean Bernard : « Au médecin il est demandé, non pas la perfection, mais l’effort permanent de responsabilité ». Savoir qui fait quoi, comment, pourquoi ; oser parler de ses faiblesses, reconnaître les désaccords, partager non pour se délester mais pour s’armer collectivement. Voilà le cap.
La responsabilité partagée ne doit pas être perçue comme une perte d’autonomie, mais comme un progrès vers une médecine libérale adulte : capable d’assumer, d’apprendre, de s’organiser autrement. Elle n’est ni une mode, ni une incantation. C’est la condition pour que l’indépendance reste synonyme de qualité, et la liberté, synonyme de confiance.
La suite ? Dépasser la logique de juxtaposition pour inventer ensemble de nouveaux outils, de nouvelles cultures professionnelles, capables de répondre aux défis grandissants de soin et de société. Parce qu’une responsabilité authentiquement partagée est, in fine, la plus ardue… mais aussi la plus solide.
- Sources :
- Haute Autorité de Santé (“Sécurité des patients : développons la culture”, 2018)
- Drees (“Les maisons de santé pluriprofessionnelles en 2023”)
- FFMPS (“Baromètre des MSP”, 2022)
- Conseil National de l’Ordre des Médecins (“Responsabilité du fait d’autrui en MSP”, 2022)
- CNIL (Rapport annuel, 2022)
- Observatoire national des événements indésirables liés aux soins (2021)
- URPS-PACA (“Enquête Maison de santé”, 2023)